jeudi 31 décembre 2009

L'amour maternel

Avec l'amour maternel, la vie nous a fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais.
Romain Gary, La Promesse de l'aube

mardi 29 décembre 2009

Edegem

"... Le pays natal est moins une étendue qu'une matière, c'est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière."
Gaston Bachelard

vendredi 25 décembre 2009

"La littérature...

... ne permet pas de marcher, mais elle permet de respirer."

Roland Barthes

jeudi 24 décembre 2009

Les gens

"Il n'y a pas de choses avec lesquelles on ne plaisante pas,
il n'y a que des gens qui ne comprennent pas la plaisanterie."

Boris Vian

lundi 21 décembre 2009

Un livre

"... doit être ce qui fond la mer gelée en nous."

Franz Kafka

samedi 19 décembre 2009

Ecrire

Je ne sais pas ce que c'est un livre. Personne ne le sait. Mais on sait quand il y en a un. Et quand il n'y a rien, on le sait comme on sait qu'on est, pas encore mort."

Marguerite Duras

vendredi 18 décembre 2009

La vérité

"Elle a toujours sa soeur jumelle. Elles ont grandi ensemble, et le monde était rond. Elles portaient les mêmes robes. Un jour, elles ont cru qu'elles avaient changé. Elles ont choisi des couleurs différentes. Elles ont tellement peur de trop se ressembler qu'elles ne veulent plus se regarder."
Philippe Delerme

jeudi 17 décembre 2009

L'enfer ...

...c'est là où il n'y a pas de pourquoi."

Primo Levi

mercredi 16 décembre 2009

Mots d'enfant (8)

L'enfant a refusé de faire "le dessin du bonhomme".
Il est en petite section.
A la place il a dessiné trois points éparpillés sur la feuille.
Et la maîtresse a refusé de prendre son dessin.
Il a pour tâche de réaliser le dessin à la maison.
Il est devant sa feuille de papier et sa mère lui demande :
" Pourquoi tu as dessiné trois points au lieu du bonhomme ?"
"Mais, maman, mon bonhomme avait la varicelle !"

lundi 14 décembre 2009

La psychanalyse à l'hôpital (suite)

Rencontre impossible ?

Dans un service de cancérologie, comment organiser la rencontre entre, d’une part les médecins munis de techniques de plus en plus sophistiquées pour soigner la maladie et, d’autre part les psychanalystes qui écoutent le malade à son chevet raconter l’histoire de sa maladie ?

Il s’agira souvent de guetter l'événement qui va échapper au savoir médical et créer dès lors l'espace temps nécessaire à une intervention autre, celle qui apportera un éclairage différent sur ce qui se passe. La psychanalyse propose des outils pour penser l'impensable par la médecine et les sciences, mais aussi par le malade. Comment encourager la collaboration entre médecins et analystes alors que la tendance actuelle de la gestion des soins et son assujettissement à la logique de profit leur rappelle sans cesse qu’il faut effectuer des actes efficaces qui se prêtent à l’évaluation ? Cela donne aux médecins les plus réticents voir les plus résistants à notre approche de bonnes raisons de nous rétorquer qu'ils n'ont pas de temps à nous consacrer vu la charge qui repose sur eux. On voudrait leur dire « raison de plus », mais il est vrai qu'aucune efficacité médicale immédiate peut être liée à cette éventuelle collaboration. Or notre travail à l'hôpital ne peut être « efficace » que s’il est reconnu par les médecins du service. Ce n’est qu’à cette condition qu’un travail d’élaboration est possible et pourra entraîner une mise à distance de ce que la maladie grave a d’effroyable tant pour le malade atteint de cancer que sa famille mais aussi pour les soignants et les médecins qui annoncent et traitent la maladie parfois pendant plusieurs années. Malgré l'instauration du « dispositif d'annonce », visant à assurer à la fois « une bonne administration du soin » et son « humanisation » bien des maladresses sont commises, sous-tendues par l'angoisse du médecin et nous renvoient à ce que Freud notait dans La question de l'analyse profane sur le pouvoir attribué à la parole . Certains passages à l'acte illustrent ce fait et surviennent le plus souvent quand les interventions restent cloisonnées et qu'il n'y a pas ou peu d'échanges entre le médecin et l'analyste. Il est remarquable d'observer qu'une collaboration entre médecin et analyste suffit souvent à donner au patient les moyens d'élaborer ce qui lui arrive et au médecin l’assurance dont il a besoin pour travailler.

vendredi 11 décembre 2009

Mot du jour

Cantilène n.f. Au Moyen Age, chant lyrique et épique. Mélodie sentimentale d'un mouvement modéré.

jeudi 10 décembre 2009

... et long est le chemin

"Lorsque celui qui chemine dans l'obscurité chante, il nie son anxiété, mais il n'en voit pas pour autant plus clair."

Sigmund Freud, Inhibition, symptôme, angoisse

mercredi 9 décembre 2009

Mots d'enfant (7)

L'enfant : "Comment est-ce qu'on devient papa ?"
Le père : "C'est quand un enfant naît. Moi, je suis devenu un papa quand ton frère est né et aussi quand toi tu es né."

Quelques jours plus tard.
"C'est vrai, hein papa, que mon frère et moi on t'a construit !"

mardi 8 décembre 2009

à propos de l'ambivalence des sentiments

" ... souvent, j'éprouve le désir de ne pas le voir parmi les vivants. Et cependant, si cela arrivait jamais, je le sais, j'en serais encore bien plus malheureux, tellement, si entièrement désarmé je suis vis-à-vis de lui" dit Alcibiade de Socrate, Le Banquet

lundi 7 décembre 2009

Mot du jour

Euphonie n.f. (gr. eu, bien, et phônê, voix). Heureux choix des sons. Harmonieuse succession des voyelles et des consonnes.

samedi 5 décembre 2009

En attendant le titre (manuscrit I - extrait)

Une scène qui se passa sous mes yeux me plongea un peu plus loin vers ce que je croyais être réservé aux villes de seconde zone loin de cette ville dont la beauté me ravissait à chaque instant. Je détournai le regard comme si j’avais vu deux personnes faire l’amour en pleine rue. Je ne comprenais pas qu’on puisse s’arrêter pour caresser le chien d’un inconnu comme si c’était la plus belle chose qui soit. Cette personne avait peut-être un enfant qui était en train de crever sous ses yeux et elle préférait se pencher sur les bêtes. Je n’imaginais pas qu’on puisse être seul au point de réclamer un poil de tendresse. C’était pourtant un écho retentissant à cette petite boule nichée au creux de mon corps, mais moi je n’aimais pas les chiens. Ceux qui s’en entourent sont forcément des gens bizarres qui ont trouvé ce moyen pour s’éloigner de leurs semblables à coup de laisse. Heureusement les chiens ne sont pas autorisés dans le métro du moins n’en avais-je pas encore croisé. Le métro appartient aux gens pressés qui travaillent et qui n’ont pas le temps de promener un toutou au square du coin. J’adorais le métro Les Halles à cause de son tapis roulant qui me donnait l’impression d’avoir des ailes et d’enfin avancer à mon allure. J’empruntais avec une rigueur systématique la bande de droite, celle des personnes qui avancent sans en avoir l’air, sans retours ni regrets.

jeudi 3 décembre 2009

Mot du jour

Rodomontade n.f. action, propos de rodomont (vx), de fanfaron, vantardise

"Les choses du passé...

...sont vertigineuses comme l'espace, et leur trace dans la mémoire est déficiente comme les mots : je découvrais qu'on se souvient."
Pierre Michon, Vies minuscules

mardi 1 décembre 2009

"Ecrire, ...

... c'est écouter la langue respirer là où elle se tait, entre les mots."
Sylvie Germain

lundi 30 novembre 2009

La psychanalyse à l'hôpital (suite)

"Déjà Diogène le Cynique (-413 _ -327) sortait de son tonneau une lanterne allumée en plein jour, cherchant un homme."

Cette métaphore met l'accent sur l'impossible réponse objectivante qui dirait le dernier mot sur ce qu'est un homme, ce qu'est une femme. Elle situe bien la différence entre la pratique de la médecine, objectivante par essence, qui n'aborde l'intime de la souffrance que dans un supplément d'âme et par surcroît, et la pratique analytique dont la visée est de permettre dans une rencontre transférentielle une "série de dires" sur la subjectivité de celui que nous rencontrons à travers la nôtre" (CG Bruère Dawson, "Psychanalyste à l'hôpital", Cliniques méditerranéennes, 2000, n° 62, Psychanalyse hors cure, p. 35).

Or le psychologue clinicien qui travaille à l'hôpital n'a pas à proposer la psychanalyse comme idéal de fonctionnement de la subjectivité. "La théorie analytique n'est pas faite pour être prêchée, elle doit être mise en acte. Un tel résultat suppose que le psychologue s'en tienne en toutes circonstances à son éthique tout en prenant part à la vie du service. Ce qui ne va pas sans un certain isolement. En effet, il ne peut pas se laisser prendre aux effets de groupe, mais il ne peut pas non plus les récuser. S'il cède sur cette éthique qu'on attend de lui, s'il se laisse prendre aux mirages de la fusion et de la reconnaissance, il met son travail en péril"
(A. Lehmann, "Le psychanalyste à l'hôpital", Che Vuoi?, n° 17, Loin du divan. Des psychanalystes dans les structures de santé, p. 71 et s.).

vendredi 27 novembre 2009

Lettre à un jeune poète (extrait)

« Et s’il me faut vous dire encore une chose, que ce soit celle-ci : celui qui s’efforce de vous réconforter, ne croyez pas, sous ses mots simples et calmes qui parfois vous apaisent, qu’il vit lui-même sans difficulté. Sa vie n’est pas exempte de peines et de tristesse, qui le laissent bien en-deça d’elles. S’il en eût été autrement, il n’aurait pas pu trouver ces mots-là ».
Rainer Maria Rilke

jeudi 26 novembre 2009

Mot du jour

ergastule n.m. Prison souterraine où l'on enfermait, à Rome, les esclaves condamnés à des travaux pénibles.

mercredi 25 novembre 2009

Mots d'enfant (6)

On passe devant l'hôpital où je travaille.
L'enfant est dans la voiture et me dit :

"Maman, toi tu n'es pas docteur, hein, toi tu ne soignes pas les gens.
Toi, tu les écoutes parce que tu es une maman."

Il avait deux ans et demi et déjà tellement de choses dans la tête.

mardi 24 novembre 2009

Des mots qui tuent (1)

Un avortement qui se passe mal, cela arrive encore en 2009.

La grossesse était avancée, mais la loi le permet.
L'erreur est humaine, mais l'on sait que les spécialistes manquent pour pratiquer les IVG. Il s'agit d'une activité peu rentable et chargée de son lot de fantasmes...

Une jeune femme de vingt ans s'est ainsi retrouvée dans un service de chirurgie digestive à la suite d'une IVG mal pratiquée, c'est le moins que l'on puisse dire ...

Les soignants sont en émoi. Les médecins reconnaissent la faute commise par leur consoeur mais ne prennent pas la mesure de ce qui se passe pour celle qui était venue pour interrompre une grossesse qu'elle ne pouvait pas assumer.
Ces paroles en témoignent :

"Il ne fallait pas qu'elle attende la dernière minute aussi, en voilà une qui n'oubliera plus sa contraception"

Attitude défensive ou bêtise à l'état pur ?

lundi 23 novembre 2009

La psychanalyse à l'hôpital

Quel est aujourd'hui l'apport de la psychanalyse quand on travaille comme psychologue dans un service d'oncologie ? Quel est l'effet de la parole dans un milieu où la rentabilité est devenue plus importante que "le prendre soin" ? Comment encourager la collaboration entre médecins et psychologues alors que la tendance actuelle de la gestion des soins et son assujettissement à la logique de profit leur rappelle sans cesse qu’il faut effectuer des actes efficaces qui se prêtent à l’évaluation ? Cela donne aux médecins les plus réticents voir les plus résistants à notre approche de bonnes raisons de nous rétorquer qu'ils n'ont pas de temps à nous consacrer vu la charge qui repose sur eux. On voudrait leur dire "raison de plus", mais il est vrai qu'aucune efficacité médicale immédiate peut être liée à cette éventuelle collaboration. Or notre travail à l'hôpital ne peut être "efficace" que s’il est reconnu par les médecins. Ce n’est qu’à cette condition qu’un travail d’élaboration est possible et pourra entraîner une mise à distance de ce que la maladie grave a d’effroyable tant pour le malade que pour sa famille mais aussi pour les soignants et les médecins qui annoncent et traitent la maladie parfois pendant plusieurs années. Malgré l'instauration du "dispositif d'annonce", visant à assurer à la fois "une bonne administration du soin" et son "humanisation" bien des maladresses sont commises, sous-tendues par l'angoisse du médecin et nous renvoient à ce que Freud notait dans La question de l'analyse profane sur le pouvoir attribué à la parole. Certains passages à l'acte illustrent ce fait et surviennent le plus souvent quand les interventions restent cloisonnées et qu'il n'y a pas ou peu d'échanges entre le médecin et le psychologue. Il est remarquable d'observer que leur collaboration suffit souvent à donner au patient les moyens d'élaborer ce qui lui arrive et au médecin l’assurance dont il a besoin pour travailler. La psychanalyse propose en effet des outils pour penser l'impensable par la médecine et les sciences, mais aussi par le malade. Adopter une posture d’écoute du côté de la psychanalyse quand on travaille comme psychologue à l’hôpital, c'est considérer avant tout l’être humain comme un sujet de parole et de désir et non pas seulement comme "le lieu de la maladie" ou encore comme un "bénéficiaire de soins protocolisés". Par le biais des associations, d’évocations d’expériences diverses et notamment des expériences de perte, la parole peut produire un autre positionnement symbolique face au réel de la mort. Ainsi peut-elle aider le sujet, qu’il soit malade, proche ou soignant à symboliser ce qui est irreprésentable pour lui. Alors, peut-on se demander avec Roland Gori, "qu’est-ce qu’une poignée de paroles recueillies tout autant que créées par une écoute intranquille en ces temps où le réalisme, le pragmatisme avilissent le vrai au bénéfice de l’utile ? Presque rien" mais un "presque rien" qui change tout.

vendredi 20 novembre 2009

Mot du jour

Captieux, euse adj. Qui cherche à tromper, à induire en erreur ; spécieux.

jeudi 19 novembre 2009

"Le passé

... est plein de tics mais aussi regorgeant de souhaits dans l'ombre.
C'est l'ensemble du temps qui à chaque fois est transformé par la barque, le haleur, le chemin qui suit la rive, les chevaux de temps, leurs cabrioles, le temps qu'il fait, la faim.
Le temps est le jeu qui est laissé au sein de la situation présente entre le jaillissement, les pentes, les vitesses, les épanchements du passé.
Ménélas dit avec violence à Agamemnon :
- aujourd'hui, hier, demain, toujours autre chose.

L'irrésolution est une possibilité plus profonde que la liberté, le hasard une disposition plus ingénieuse que la tactique, l'oubli, la colère, l'espoir affamé, le guet bondissant tout à coup sont des effets, non de l'être mais du temps."

Pascal Quignard, Les ombres errantes, 2002

mercredi 18 novembre 2009

Mots d'enfant (5)

L'enfant regarde un avion tracer sa voie dans le ciel.
"Pourquoi il laisse de la craie derrière lui ?"

mardi 17 novembre 2009

Mots d'amour

Doute que les astres soient des flammes,
Doute que le soleil tourne,
Doute que la vérité soit la vérité,
Mais ne doute jamais de mon amour !


Hamlet à Ophélie, scène VII, dans Oeuvres complètes de W. Shakespeare

Mot du jour

Aboulie n. f. Diminution pathologique de la volonté

lundi 16 novembre 2009

Mot du jour

Brimborion n. m. Petit objet de peu de valeur

vendredi 13 novembre 2009

"L'intrigue ...

...c'est ce qui offre le temps, c'est ce qui permet d'instaurer l'instant entre l'avant et l'après en répétant sous forme de scènes rêvées, la scène invisible qui hante."
Pascal Quignard, 1994, Le sexe et l'effroi

jeudi 12 novembre 2009

La parole est un acte magique

« Des paroles peuvent faire un bien indicible et causer de terribles blessures. […] La parole était à l’origine un charme, un acte magique et elle a conservé encore beaucoup de son ancienne force . »
S. Freud, Question de l'ananlyse profane, 1926

mercredi 11 novembre 2009

mots d'enfant (4)

"Regarde, maman, je m'habille comme un miracle."

mardi 10 novembre 2009

Bien du mérite à celui qui pense

« La méditation est si douce et l’expérience si fatigante que je ne suis point étonné que celui qui pense soit rarement celui qui expérimente ».

Diderot

lundi 9 novembre 2009

"La métaphore

elle, délivre de la mortelle répétition, elle délivre de l’enfermement. Elle anime, elle transfigure tout ce qu’elle touche. C’est elle qui ouvre le monde et m’ouvre à lui. »
J.-B. Pontalis, Frère du précédent, Gallimard (2006)

Mots d'enfants (3)

En ce jour de commémoration de la chute du mur de Berlin je me rappelle de l'étonnement d'un enfant devant une volière :
"Pourquoi ils sont en prison les oiseaux?"
L'enfant aussi est conscient de ce que le mot "liberté" veut dire.

dimanche 8 novembre 2009

mot du jour

Solipsisme, n. m. (1878) Théorie d'après laqelle il n'y aurait pour le sujet pensant d'autre réalité que lui-même.

samedi 7 novembre 2009

paroles de femme

des mots entendus il y a plusieurs semaines et qui me trottent dans la tête ...

"Il m'a abandonnée comme on abandonne un chien au bord de la route. Il a choisi celle qui n'était pas malade." H., 55 ans

jeudi 5 novembre 2009

Citation du jour

"L'expérience, c'est le nom que chacun donne à ses erreurs." Oscar Wilde

Cela m'a fait du bien d'entendre ces mots parmi tant de chiffres et de courbes lors d'un congrès.

mercredi 4 novembre 2009

Brève hospitalière (2)

Comment ce lieu destiné au soin a-t-il pu devenir cette machine à broyer les gens qui ont pour mission de la faire tourner ? L'individu soignant ne compte plus. Il est englobé dans une masse, reporté dans des tableaux chiffrés censés rendre compte de ses efforts pourtant le plus souvent non quantifiables. Il faut à présent des actes évaluables et reproductibles pour prouver sa nécessité, pour jusitfier sa présence à un poste minutieusement décrit par quelqu'un qu'il n'aura jamais rencontré. L'acte non coté n'a pas de valeur. La parole, celle dont je me sers pour travailler, n'a plus de valeur du moins n'en a-t-elle pas aux yeux de l'administration hospitalière. Ce travail à partir de la parole a un coût et ne rapporte rien. "En haut lieu, ils vous détestent" dit un médecin du travail. Cela a le mérite d'être clair ! J'allais oublier de le préciser pour ceux qui n'auraient pas compris : j'occupe un poste de psychologue et, tare supplémentaire, je m'appuie sur la psychanalyse dans ma pratique. Nous, puisque nous sommes quelques uns, sommes donc les grains de sable qui font grincer la machine qui n'a pas besoin de ça ! Elle est huilée pour fonctionner à plein régime, pour réformer et s'accorder ainsi au mieux avec le pouvoir en place. Pas le temps de se poser les questions de fond. Surtout ne pas réfléchir aux autres possibles. J'incarne, moi et mes semblables, la possibilité d'au moins questionner ce qui ne va pas de soi, de ce qui ne devrait pas aller de soi quand il s'agit de travailler avec l'humain. Notre seule vue en indisposent certains. Elle leur rappelle peut-être que la réflexion est toujours possible même quand il ne reste pas de temps à la fin d'une journée de travail. Ce temps pris sur l'action a une valuer en soi, comment le faire comprendre ? La plupart des personnes que je croise dans les couloirs ont branché le pilote automatique et sont sûrs d'arriver à bon port. Dans quel état ? On ne sait pas. Et le malade dans tout ça ? On n'en parle même plus. On ne fait que compter les lits qu'il s'agit de renouveler le plus souvent possible. Faire sortir le malade au plus vite pour en accueillir de nouveaux, voilà qui montre la rentabilité de l'entreprise-hôpital. La question de savoir si le malade est apte à sortir, s'il pourra être aidé à domicile n'est plus d'actualité. Là non plus on ne sait pas. Dans certains services, les assistantes sociales ne sont plus appelées. C'est une façon de régler le problème. C'est tout ça que j'ai découvert après seulement deux ans d'absence pour cause de congé parental. Deux années sont passées sans que je m'en aperçoive mais il s'en est passé bien des choses en mon abscence. Voilà matière à réflexion !

mardi 3 novembre 2009

Mot du jour

Immarcessible adj. (1482) Qui ne peut se flétrir.
Fig. "La jeunesse plus forte que le temps, la jeunesse immarcessible" Mauriac

lundi 2 novembre 2009

Brève hospitalière (1)

Une patiente vient d'être opérée d'un cancer des ovaires. Elle fait une complication et se retrouve en réanimation. Dix jours passent. Au moment où il est question de la faire muter dans le service, je suis témoin de la scène suivante :
le cadre de santé disant au médecin : "je te préviens, si elle reviens je n'ai pas le temps de m'occuper d'elle" ! Le jeune médecin reçoit le message cinq sur cinq et s'arrange à la faire hospitaliser dans un autre service. Il tient à ce qu'on s'occupe bien de sa patiente. Elle a subi une lourde opération. Conclusion, en un mois elle se sera baladée dans cinq services différents et on lui a déjà annoncé qu'elle déménageait dans deux jours ... faute de place.

Mot du jour

Impéritie n. f. (XIVe) Littér. Manque d'aptitude, d'habileté, notamment dans l'exercice de sa profession. V. ignorance, incapacité

dimanche 1 novembre 2009

Mots d'enfants (2)

-Attention, ne mets pas ce médicament en bouche !
-Pourquoi, sinon je moure ?

Mots d'enfants (1)

Regarde, la lune est cassée.

Mot du jour

Coquecigrue n. f. (1534) Baliverne, absurdité

vendredi 30 octobre 2009

Tout se passera bien

Comme chaque matin depuis douze ans, le professeur Ali Bedhoun franchit la guérite avant d’entrer dans l’enceinte de l’hôpital où l’attendait « un gros chantier ». C’était l’expression que ses confrères et lui utilisaient pour désigner un de ces cas redoutables qui pouvait retenir le chirurgien des heures durant sans garantie de résultat. Dans son métier, l’obligation n’était que de moyens, mais l’échec, la tumeur qui s’avère plus importante que prévue, le corps que la vie abandonne sur sa table d’opération, il ne s’y ferait jamais. Au début de sa carrière, il adorait ça, les « gros chantiers », il était un champion du bistouri, le seul parfois à pouvoir s’aventurer du côté de l’insondable. On venait de très loin pour consulter le professeur Bedhoun. Tous lui faisaient une confiance aveugle. Cela finissait par peser, toute cette confiance. Pourtant, ce titre de professeur, il s’était battu pour le décrocher. Il en avait rêvé dès l’internat. Et puis, il avait eu de la chance. A peine arrivé en France, un grand patron l’avait pris sous son aile et l’avait propulsé sur le devant de la scène des congrès internationaux. Ses compétences furent rapidement reconnues. Son père était fier de lui, mais ne le lui avait jamais dit. Il parlait de ses prouesses en son absence, question de pudeur. Médecin comme lui et comme l’avait été son propre père, il ne s’était jamais interrogé sur la vocation de son fils. Ali ferait médecine. Le choix de la spécialité importait peu mais il avait aussi son idée là-dessus. Ali s’était astreint à ne pas s’écarter du boulevard qu’avaient emprunté avant lui les hommes de sa famille. Les choses s’étaient enchaînées sans qu’il ait à se poser de questions. C’était une opportunité, de celle qui ne se refusait pas.
Alors pourquoi aujourd’hui ? Un frisson d’effroi le parcourut. Pour la première fois depuis longtemps, « le gros chantier » avait un nom, un visage qui était venu le hanter cette nuit-là. Il l’imaginait se préparant dans sa chambre blafarde, prenant soin de ne pas oublier le pauvre bonnet brodé destiné à recouvrir son crâne dégarni. Les infirmières l’avaient surnommée la Comtesse en raison des rapports distants qu’elle entretenait avec les personnes qui étaient à son chevet. On ne s’apitoyait pas dans ces milieu-là. Ce matin, il allait l’opérer pour écarter cette tumeur qui la faisait souffrir depuis plusieurs mois et qui n’avait été découverte que tardivement. Mais ce serait en vain. Il le savait, elle le pressentait mais tous voulaient croire à la dernière chance. La maladie était déjà très avancée. La Comtesse avait tardé à consulter malgré les douleurs qui étaient devenues de plus en plus aiguës, surtout ne pas s’écouter, ne pas se plaindre. Tout le monde y était allé de sa petite histoire, de son anecdote concernant le mal qui la rongeait mais dont elle ignorait l’existence il y a encore quelques semaines. Le médecin de famille avait eu un doute, mais avait refusé d’être alarmiste et puis, elle était encore jeune, cela ne pouvait être ça ! C’est là que la chance entrait en jeu. Ali savait qu’il en fallait beaucoup pour rester en vie. La plupart des gens l’ignoraient, heureusement.

C’est lui qui avait réalisé les premiers prélèvements, mais il était trop tard. Son corps était envahi, c’était fini. Comment le lui annoncer ? Impossible. Dans ces moments-là, il détestait son métier. Il n’avait pas été préparé à cela, personne ne l’avait formé pour annoncer la fin. Fichu métier. Dans son pays, on savait vivre avec l’idée de n’être pas éternel. Son père, lui, avait su dire à une mère que son enfant n’allait pas guérir, à une femme que son mari était en train de mourir. Mais ici, plus personne ne pouvait entendre cette simple réalité qui faisait partie de la vie. Il fallait faire quelque chose à tout prix, agir avec toutes ces techniques hautement perfectionnées dont son père n’aurait jamais imaginé un jour l’existence. Et pourtant, cette fois-ci, il avait failli leur dire à tous, ce qu’ils savaient peut-être déjà mais qu’ils n’osaient envisager. Elle n’allait pas guérir. Il aurait pu leur dire seulement ça : « Je ne peux pas vous promettre qu’elle guérira. L’opération sera lourde et on ne sait pas quelle en sera l’issue. On peut la tenter, si elle y tient vraiment. » Elle n’y tenait pas la Comtesse, elle l’avait dit mais ils avaient feint de ne pas l’entendre. On devait tout faire pour y croire un peu encore.
L’opérer ne ferait que reculer la dernière échéance et causer d’intolérables douleurs. A quoi bon ? Tout cela pour lui éviter de dire qu’il ne la sauverait pas cette brebis-là, qu’il n’était pas Dieu, qu’il n’était qu’un pauvre médecin, tout professeur qu’il était, qui se débattait contre cette satanée maladie qui parfois résistait, refusait de se laisser anéantir. Et puis, la brebis n’était pas seule, les autres étaient là aussi, la famille. A chaque consultation, la Comtesse était venue accompagnée de son mari et de son frère. Il valait mieux être plusieurs pour entendre les propos parfois un peu obscurs que prononçait le professeur. Ali savait qu’il avait ce défaut, qu’il se cachait derrière les mots savants, mais il ne savait pas comment faire autrement. Il fuyait son regard de peur qu’elle n’y relève un voile de désespoir. Mais la Comtesse était loin, sa pensée vagabondait dès les premiers mots qui la concernaient, elle avait peur, elle s’échappait. Elle savait qu’elle était entre de bonnes mains et qu’il ferait tout pour la sortir de ce mauvais pas. C’était lui qui, le premier, avait mis des mots sur son mal, elle avait confiance, c’était son sauveur. Elle ne voulait pas avoir affaire aux internes, ils ne savaient pas eux, ils apprenaient.
Le professeur Bedhoun ne lui cachait pas que les suites opératoires étaient incertaines après ce qu’avait révélé la dernière biopsie, mais il l’encourageait néanmoins à ne pas abandonner le combat contre la maladie. Ne jamais cesser de se battre. Ni elle ni son mari et encore moins le frère ne pensaient à s’engouffrer dans la petite brèche qui avait été présente l’espace d’un instant. Le professeur savait ce qu’il convenait de faire, ils prenaient le risque, avaient-ils le choix, avait-elle le choix ? La Comtesse pensait à ses chiens qui l’attendaient à quelques heures d’ici. Dans la précipitation, elle avait oublié de les nourrir avant de partir. Ça ne lui était encore jamais arrivé. Son mari l’avait pressée de peur d’être pris dans les embouteillages à l’entrée de la ville. Cette intervention allait la laisser mutilée. Pouvait-elle l’éviter, n’y avait-il donc aucune solution intermédiaire entre le laisser faire et ce qui lui paraissait être un carnage à l’intérieur de son corps ? Certes, elle ne s’en était pas beaucoup préoccupée de ce corps qui avait porté ses enfants, qui s’était peu a peu flétri, mais elle était bouleversée à l’idée que l’on y porte si lourdement atteinte. Et des mois d’immobilité, voilà ce qui l’attendait. Et sinon ? « Sinon, vous prenez un grand risque », avait-il murmuré sans même se rendre compte qu’il venait de perdre sa belle assurance. La Comtesse ne l’avait pas épargné, elle avait insisté : « Donc, vous allez pouvoir tout enlever, n’est-ce pas ?», il avait soupiré avant de répondre d’une voix ferme qu’il ferait tout son possible pour arriver en zone saine, celle où on était hors de danger, momentanément. Il avait ajouter, comme pour se donner du courage : « Soyez sans crainte, tout se passera bien. » Cette zone de sécurité il ne l’atteindrait pas, il le savait lui, le professeur Bedhoun et il ne lui avait pas dit, il ne pouvait pas le dire, ces choses là se pensaient mais demeuraient cloîtrées en lui. Il ne lui avait rien dit.
Le regard de la Comtesse s’était soudainement vidé de sa belle intensité. Elle s’était absentée à nouveau, sans doute pour retourner auprès de ses chiens qui attendaient affamés le retour de leur maîtresse. La discussion se poursuivit en dehors d’elle, entre hommes. Depuis la mort de son père, c’était son mari et son frère qui décidaient des choses importantes. Qu’il s’agisse d’elle, de son corps, de son intimité ne changeait rien à l’affaire. Ils prendraient la bonne décision en leur âme et conscience. Ali fut presque soulagé de son absence et s’étonna de se retrouver dans un cadre qui lui paraissait familier alors qu’il s’était d’abord senti un peu mal à l’aise face à ces gens de la bonne bourgeoisie française. Sa position de médecin l’avait comme toujours aidé à vaincre ses réflexes de petit d’immigré : ils avaient besoin de lui, même si elle n’avait aucune chance de s’en sortir. Ne rien faire serait pire, ne cessait-il de se répéter quand le doute venait à nouveau le titiller. Ils lui faisaient une confiance désespérée. Peut-être avaient-ils eu tort, se disait-il ce matin là. Il n’était qu’un médecin pleutre parmi beaucoup d’autres qui allait perpétrer un acte de violence plus qu’un acte de soin. C’était aller à l’encontre de son serment de soigner et de soigner seulement. Personne ne lui avait appris à dire qu’à l’impossible nul n’était tenu, même pas lui le chirurgien de l’extrême limite, le toubib de la dernière chance.

Ali était arrivé devant le panneau bleu et blanc indiquant que cet emplacement lui était destiné. Petit privilège réservé aux sommités soignantes. Ce matin, sa gorge nouée l’empêcha de savourer ce menu plaisir qui, habituellement suffisait à lui donner le coup de pouce dont il avait besoin pour bien démarrer la journée.

La sonnerie de son nouveau téléphone le sortit de ses sombres pensées, il mit un certain temps avant de la reconnaître. C’était François, son meilleur ami.
« Alors, cette soirée de vendredi ? Tu les as toutes fait craquer, je parie.
- Bof ! Ce n’était pas terrible, la musique était nulle. Ali était tenté de raccrocher mais ne trouva aucune excuse.
- Tu n’as pas l’air en forme. Qu’est-ce qui t’arrive, tu as un problème ? François avait changé de ton.
- Non, j’ai du boulot, c’est tout, j’ai mal dormi cette nuit.
- Tu es déjà à l’hôpital ?
- Oui, j’arrive à l’instant. J’opère du beau monde ce matin. Ali fit une maigre tentative pour adopter un ton ironique.
- Encore une qui est tombée sous ton charme, salaud !
- Pas exactement, écoute François, je te rappelle en fin de matinée, d’accord, je suis déjà en retard. Ils m’attendent.
- Ah ça ! C’est la rançon de la gloire, qu’est-ce que tu veux. A plus tard, tu me rappelles quand tu veux, je suis de garde ce soir. »

Ali esquissa un sourire avant de raccrocher. Il regarda le Palm ultra sophistiqué et son sourire devint grimace. Une charmante jeune femme d’un de ces innombrables laboratoires pharmaceutiques qui lui cassaient les pieds à longueur d’années était venue le lui déposer hier après-midi. Il sortit de sa voiture luisante et respira la fraîcheur matinale à pleins poumons.

"Les mots ...

sont des symboles qui postulent une mémoire partagée."
Jorge Luis Borges

« Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux »
René Char

Mots d'auteur

"... comme les grandes oeuvres, les sentiments profonds signifient toujours plus qu'ils n'ont conscience de le dire." Camus

Mots d'auteur

"Les hommes se distinguent par ce qu'ils montrent et se ressemblent par ce qu'ils cachent". Paul Valéry

Ecrire ...

... c'est la recherche d'un mystère comme celui du circuit des oiseaux dans le ciel. Pascal Quignard