mercredi 4 novembre 2009

Brève hospitalière (2)

Comment ce lieu destiné au soin a-t-il pu devenir cette machine à broyer les gens qui ont pour mission de la faire tourner ? L'individu soignant ne compte plus. Il est englobé dans une masse, reporté dans des tableaux chiffrés censés rendre compte de ses efforts pourtant le plus souvent non quantifiables. Il faut à présent des actes évaluables et reproductibles pour prouver sa nécessité, pour jusitfier sa présence à un poste minutieusement décrit par quelqu'un qu'il n'aura jamais rencontré. L'acte non coté n'a pas de valeur. La parole, celle dont je me sers pour travailler, n'a plus de valeur du moins n'en a-t-elle pas aux yeux de l'administration hospitalière. Ce travail à partir de la parole a un coût et ne rapporte rien. "En haut lieu, ils vous détestent" dit un médecin du travail. Cela a le mérite d'être clair ! J'allais oublier de le préciser pour ceux qui n'auraient pas compris : j'occupe un poste de psychologue et, tare supplémentaire, je m'appuie sur la psychanalyse dans ma pratique. Nous, puisque nous sommes quelques uns, sommes donc les grains de sable qui font grincer la machine qui n'a pas besoin de ça ! Elle est huilée pour fonctionner à plein régime, pour réformer et s'accorder ainsi au mieux avec le pouvoir en place. Pas le temps de se poser les questions de fond. Surtout ne pas réfléchir aux autres possibles. J'incarne, moi et mes semblables, la possibilité d'au moins questionner ce qui ne va pas de soi, de ce qui ne devrait pas aller de soi quand il s'agit de travailler avec l'humain. Notre seule vue en indisposent certains. Elle leur rappelle peut-être que la réflexion est toujours possible même quand il ne reste pas de temps à la fin d'une journée de travail. Ce temps pris sur l'action a une valuer en soi, comment le faire comprendre ? La plupart des personnes que je croise dans les couloirs ont branché le pilote automatique et sont sûrs d'arriver à bon port. Dans quel état ? On ne sait pas. Et le malade dans tout ça ? On n'en parle même plus. On ne fait que compter les lits qu'il s'agit de renouveler le plus souvent possible. Faire sortir le malade au plus vite pour en accueillir de nouveaux, voilà qui montre la rentabilité de l'entreprise-hôpital. La question de savoir si le malade est apte à sortir, s'il pourra être aidé à domicile n'est plus d'actualité. Là non plus on ne sait pas. Dans certains services, les assistantes sociales ne sont plus appelées. C'est une façon de régler le problème. C'est tout ça que j'ai découvert après seulement deux ans d'absence pour cause de congé parental. Deux années sont passées sans que je m'en aperçoive mais il s'en est passé bien des choses en mon abscence. Voilà matière à réflexion !

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