lundi 30 novembre 2009

La psychanalyse à l'hôpital (suite)

"Déjà Diogène le Cynique (-413 _ -327) sortait de son tonneau une lanterne allumée en plein jour, cherchant un homme."

Cette métaphore met l'accent sur l'impossible réponse objectivante qui dirait le dernier mot sur ce qu'est un homme, ce qu'est une femme. Elle situe bien la différence entre la pratique de la médecine, objectivante par essence, qui n'aborde l'intime de la souffrance que dans un supplément d'âme et par surcroît, et la pratique analytique dont la visée est de permettre dans une rencontre transférentielle une "série de dires" sur la subjectivité de celui que nous rencontrons à travers la nôtre" (CG Bruère Dawson, "Psychanalyste à l'hôpital", Cliniques méditerranéennes, 2000, n° 62, Psychanalyse hors cure, p. 35).

Or le psychologue clinicien qui travaille à l'hôpital n'a pas à proposer la psychanalyse comme idéal de fonctionnement de la subjectivité. "La théorie analytique n'est pas faite pour être prêchée, elle doit être mise en acte. Un tel résultat suppose que le psychologue s'en tienne en toutes circonstances à son éthique tout en prenant part à la vie du service. Ce qui ne va pas sans un certain isolement. En effet, il ne peut pas se laisser prendre aux effets de groupe, mais il ne peut pas non plus les récuser. S'il cède sur cette éthique qu'on attend de lui, s'il se laisse prendre aux mirages de la fusion et de la reconnaissance, il met son travail en péril"
(A. Lehmann, "Le psychanalyste à l'hôpital", Che Vuoi?, n° 17, Loin du divan. Des psychanalystes dans les structures de santé, p. 71 et s.).

vendredi 27 novembre 2009

Lettre à un jeune poète (extrait)

« Et s’il me faut vous dire encore une chose, que ce soit celle-ci : celui qui s’efforce de vous réconforter, ne croyez pas, sous ses mots simples et calmes qui parfois vous apaisent, qu’il vit lui-même sans difficulté. Sa vie n’est pas exempte de peines et de tristesse, qui le laissent bien en-deça d’elles. S’il en eût été autrement, il n’aurait pas pu trouver ces mots-là ».
Rainer Maria Rilke

jeudi 26 novembre 2009

Mot du jour

ergastule n.m. Prison souterraine où l'on enfermait, à Rome, les esclaves condamnés à des travaux pénibles.

mercredi 25 novembre 2009

Mots d'enfant (6)

On passe devant l'hôpital où je travaille.
L'enfant est dans la voiture et me dit :

"Maman, toi tu n'es pas docteur, hein, toi tu ne soignes pas les gens.
Toi, tu les écoutes parce que tu es une maman."

Il avait deux ans et demi et déjà tellement de choses dans la tête.

mardi 24 novembre 2009

Des mots qui tuent (1)

Un avortement qui se passe mal, cela arrive encore en 2009.

La grossesse était avancée, mais la loi le permet.
L'erreur est humaine, mais l'on sait que les spécialistes manquent pour pratiquer les IVG. Il s'agit d'une activité peu rentable et chargée de son lot de fantasmes...

Une jeune femme de vingt ans s'est ainsi retrouvée dans un service de chirurgie digestive à la suite d'une IVG mal pratiquée, c'est le moins que l'on puisse dire ...

Les soignants sont en émoi. Les médecins reconnaissent la faute commise par leur consoeur mais ne prennent pas la mesure de ce qui se passe pour celle qui était venue pour interrompre une grossesse qu'elle ne pouvait pas assumer.
Ces paroles en témoignent :

"Il ne fallait pas qu'elle attende la dernière minute aussi, en voilà une qui n'oubliera plus sa contraception"

Attitude défensive ou bêtise à l'état pur ?

lundi 23 novembre 2009

La psychanalyse à l'hôpital

Quel est aujourd'hui l'apport de la psychanalyse quand on travaille comme psychologue dans un service d'oncologie ? Quel est l'effet de la parole dans un milieu où la rentabilité est devenue plus importante que "le prendre soin" ? Comment encourager la collaboration entre médecins et psychologues alors que la tendance actuelle de la gestion des soins et son assujettissement à la logique de profit leur rappelle sans cesse qu’il faut effectuer des actes efficaces qui se prêtent à l’évaluation ? Cela donne aux médecins les plus réticents voir les plus résistants à notre approche de bonnes raisons de nous rétorquer qu'ils n'ont pas de temps à nous consacrer vu la charge qui repose sur eux. On voudrait leur dire "raison de plus", mais il est vrai qu'aucune efficacité médicale immédiate peut être liée à cette éventuelle collaboration. Or notre travail à l'hôpital ne peut être "efficace" que s’il est reconnu par les médecins. Ce n’est qu’à cette condition qu’un travail d’élaboration est possible et pourra entraîner une mise à distance de ce que la maladie grave a d’effroyable tant pour le malade que pour sa famille mais aussi pour les soignants et les médecins qui annoncent et traitent la maladie parfois pendant plusieurs années. Malgré l'instauration du "dispositif d'annonce", visant à assurer à la fois "une bonne administration du soin" et son "humanisation" bien des maladresses sont commises, sous-tendues par l'angoisse du médecin et nous renvoient à ce que Freud notait dans La question de l'analyse profane sur le pouvoir attribué à la parole. Certains passages à l'acte illustrent ce fait et surviennent le plus souvent quand les interventions restent cloisonnées et qu'il n'y a pas ou peu d'échanges entre le médecin et le psychologue. Il est remarquable d'observer que leur collaboration suffit souvent à donner au patient les moyens d'élaborer ce qui lui arrive et au médecin l’assurance dont il a besoin pour travailler. La psychanalyse propose en effet des outils pour penser l'impensable par la médecine et les sciences, mais aussi par le malade. Adopter une posture d’écoute du côté de la psychanalyse quand on travaille comme psychologue à l’hôpital, c'est considérer avant tout l’être humain comme un sujet de parole et de désir et non pas seulement comme "le lieu de la maladie" ou encore comme un "bénéficiaire de soins protocolisés". Par le biais des associations, d’évocations d’expériences diverses et notamment des expériences de perte, la parole peut produire un autre positionnement symbolique face au réel de la mort. Ainsi peut-elle aider le sujet, qu’il soit malade, proche ou soignant à symboliser ce qui est irreprésentable pour lui. Alors, peut-on se demander avec Roland Gori, "qu’est-ce qu’une poignée de paroles recueillies tout autant que créées par une écoute intranquille en ces temps où le réalisme, le pragmatisme avilissent le vrai au bénéfice de l’utile ? Presque rien" mais un "presque rien" qui change tout.

vendredi 20 novembre 2009

Mot du jour

Captieux, euse adj. Qui cherche à tromper, à induire en erreur ; spécieux.

jeudi 19 novembre 2009

"Le passé

... est plein de tics mais aussi regorgeant de souhaits dans l'ombre.
C'est l'ensemble du temps qui à chaque fois est transformé par la barque, le haleur, le chemin qui suit la rive, les chevaux de temps, leurs cabrioles, le temps qu'il fait, la faim.
Le temps est le jeu qui est laissé au sein de la situation présente entre le jaillissement, les pentes, les vitesses, les épanchements du passé.
Ménélas dit avec violence à Agamemnon :
- aujourd'hui, hier, demain, toujours autre chose.

L'irrésolution est une possibilité plus profonde que la liberté, le hasard une disposition plus ingénieuse que la tactique, l'oubli, la colère, l'espoir affamé, le guet bondissant tout à coup sont des effets, non de l'être mais du temps."

Pascal Quignard, Les ombres errantes, 2002

mercredi 18 novembre 2009

Mots d'enfant (5)

L'enfant regarde un avion tracer sa voie dans le ciel.
"Pourquoi il laisse de la craie derrière lui ?"

mardi 17 novembre 2009

Mots d'amour

Doute que les astres soient des flammes,
Doute que le soleil tourne,
Doute que la vérité soit la vérité,
Mais ne doute jamais de mon amour !


Hamlet à Ophélie, scène VII, dans Oeuvres complètes de W. Shakespeare

Mot du jour

Aboulie n. f. Diminution pathologique de la volonté

lundi 16 novembre 2009

Mot du jour

Brimborion n. m. Petit objet de peu de valeur

vendredi 13 novembre 2009

"L'intrigue ...

...c'est ce qui offre le temps, c'est ce qui permet d'instaurer l'instant entre l'avant et l'après en répétant sous forme de scènes rêvées, la scène invisible qui hante."
Pascal Quignard, 1994, Le sexe et l'effroi

jeudi 12 novembre 2009

La parole est un acte magique

« Des paroles peuvent faire un bien indicible et causer de terribles blessures. […] La parole était à l’origine un charme, un acte magique et elle a conservé encore beaucoup de son ancienne force . »
S. Freud, Question de l'ananlyse profane, 1926

mercredi 11 novembre 2009

mots d'enfant (4)

"Regarde, maman, je m'habille comme un miracle."

mardi 10 novembre 2009

Bien du mérite à celui qui pense

« La méditation est si douce et l’expérience si fatigante que je ne suis point étonné que celui qui pense soit rarement celui qui expérimente ».

Diderot

lundi 9 novembre 2009

"La métaphore

elle, délivre de la mortelle répétition, elle délivre de l’enfermement. Elle anime, elle transfigure tout ce qu’elle touche. C’est elle qui ouvre le monde et m’ouvre à lui. »
J.-B. Pontalis, Frère du précédent, Gallimard (2006)

Mots d'enfants (3)

En ce jour de commémoration de la chute du mur de Berlin je me rappelle de l'étonnement d'un enfant devant une volière :
"Pourquoi ils sont en prison les oiseaux?"
L'enfant aussi est conscient de ce que le mot "liberté" veut dire.

dimanche 8 novembre 2009

mot du jour

Solipsisme, n. m. (1878) Théorie d'après laqelle il n'y aurait pour le sujet pensant d'autre réalité que lui-même.

samedi 7 novembre 2009

paroles de femme

des mots entendus il y a plusieurs semaines et qui me trottent dans la tête ...

"Il m'a abandonnée comme on abandonne un chien au bord de la route. Il a choisi celle qui n'était pas malade." H., 55 ans

jeudi 5 novembre 2009

Citation du jour

"L'expérience, c'est le nom que chacun donne à ses erreurs." Oscar Wilde

Cela m'a fait du bien d'entendre ces mots parmi tant de chiffres et de courbes lors d'un congrès.

mercredi 4 novembre 2009

Brève hospitalière (2)

Comment ce lieu destiné au soin a-t-il pu devenir cette machine à broyer les gens qui ont pour mission de la faire tourner ? L'individu soignant ne compte plus. Il est englobé dans une masse, reporté dans des tableaux chiffrés censés rendre compte de ses efforts pourtant le plus souvent non quantifiables. Il faut à présent des actes évaluables et reproductibles pour prouver sa nécessité, pour jusitfier sa présence à un poste minutieusement décrit par quelqu'un qu'il n'aura jamais rencontré. L'acte non coté n'a pas de valeur. La parole, celle dont je me sers pour travailler, n'a plus de valeur du moins n'en a-t-elle pas aux yeux de l'administration hospitalière. Ce travail à partir de la parole a un coût et ne rapporte rien. "En haut lieu, ils vous détestent" dit un médecin du travail. Cela a le mérite d'être clair ! J'allais oublier de le préciser pour ceux qui n'auraient pas compris : j'occupe un poste de psychologue et, tare supplémentaire, je m'appuie sur la psychanalyse dans ma pratique. Nous, puisque nous sommes quelques uns, sommes donc les grains de sable qui font grincer la machine qui n'a pas besoin de ça ! Elle est huilée pour fonctionner à plein régime, pour réformer et s'accorder ainsi au mieux avec le pouvoir en place. Pas le temps de se poser les questions de fond. Surtout ne pas réfléchir aux autres possibles. J'incarne, moi et mes semblables, la possibilité d'au moins questionner ce qui ne va pas de soi, de ce qui ne devrait pas aller de soi quand il s'agit de travailler avec l'humain. Notre seule vue en indisposent certains. Elle leur rappelle peut-être que la réflexion est toujours possible même quand il ne reste pas de temps à la fin d'une journée de travail. Ce temps pris sur l'action a une valuer en soi, comment le faire comprendre ? La plupart des personnes que je croise dans les couloirs ont branché le pilote automatique et sont sûrs d'arriver à bon port. Dans quel état ? On ne sait pas. Et le malade dans tout ça ? On n'en parle même plus. On ne fait que compter les lits qu'il s'agit de renouveler le plus souvent possible. Faire sortir le malade au plus vite pour en accueillir de nouveaux, voilà qui montre la rentabilité de l'entreprise-hôpital. La question de savoir si le malade est apte à sortir, s'il pourra être aidé à domicile n'est plus d'actualité. Là non plus on ne sait pas. Dans certains services, les assistantes sociales ne sont plus appelées. C'est une façon de régler le problème. C'est tout ça que j'ai découvert après seulement deux ans d'absence pour cause de congé parental. Deux années sont passées sans que je m'en aperçoive mais il s'en est passé bien des choses en mon abscence. Voilà matière à réflexion !

mardi 3 novembre 2009

Mot du jour

Immarcessible adj. (1482) Qui ne peut se flétrir.
Fig. "La jeunesse plus forte que le temps, la jeunesse immarcessible" Mauriac

lundi 2 novembre 2009

Brève hospitalière (1)

Une patiente vient d'être opérée d'un cancer des ovaires. Elle fait une complication et se retrouve en réanimation. Dix jours passent. Au moment où il est question de la faire muter dans le service, je suis témoin de la scène suivante :
le cadre de santé disant au médecin : "je te préviens, si elle reviens je n'ai pas le temps de m'occuper d'elle" ! Le jeune médecin reçoit le message cinq sur cinq et s'arrange à la faire hospitaliser dans un autre service. Il tient à ce qu'on s'occupe bien de sa patiente. Elle a subi une lourde opération. Conclusion, en un mois elle se sera baladée dans cinq services différents et on lui a déjà annoncé qu'elle déménageait dans deux jours ... faute de place.

Mot du jour

Impéritie n. f. (XIVe) Littér. Manque d'aptitude, d'habileté, notamment dans l'exercice de sa profession. V. ignorance, incapacité

dimanche 1 novembre 2009

Mots d'enfants (2)

-Attention, ne mets pas ce médicament en bouche !
-Pourquoi, sinon je moure ?

Mots d'enfants (1)

Regarde, la lune est cassée.

Mot du jour

Coquecigrue n. f. (1534) Baliverne, absurdité