lundi 14 décembre 2009

La psychanalyse à l'hôpital (suite)

Rencontre impossible ?

Dans un service de cancérologie, comment organiser la rencontre entre, d’une part les médecins munis de techniques de plus en plus sophistiquées pour soigner la maladie et, d’autre part les psychanalystes qui écoutent le malade à son chevet raconter l’histoire de sa maladie ?

Il s’agira souvent de guetter l'événement qui va échapper au savoir médical et créer dès lors l'espace temps nécessaire à une intervention autre, celle qui apportera un éclairage différent sur ce qui se passe. La psychanalyse propose des outils pour penser l'impensable par la médecine et les sciences, mais aussi par le malade. Comment encourager la collaboration entre médecins et analystes alors que la tendance actuelle de la gestion des soins et son assujettissement à la logique de profit leur rappelle sans cesse qu’il faut effectuer des actes efficaces qui se prêtent à l’évaluation ? Cela donne aux médecins les plus réticents voir les plus résistants à notre approche de bonnes raisons de nous rétorquer qu'ils n'ont pas de temps à nous consacrer vu la charge qui repose sur eux. On voudrait leur dire « raison de plus », mais il est vrai qu'aucune efficacité médicale immédiate peut être liée à cette éventuelle collaboration. Or notre travail à l'hôpital ne peut être « efficace » que s’il est reconnu par les médecins du service. Ce n’est qu’à cette condition qu’un travail d’élaboration est possible et pourra entraîner une mise à distance de ce que la maladie grave a d’effroyable tant pour le malade atteint de cancer que sa famille mais aussi pour les soignants et les médecins qui annoncent et traitent la maladie parfois pendant plusieurs années. Malgré l'instauration du « dispositif d'annonce », visant à assurer à la fois « une bonne administration du soin » et son « humanisation » bien des maladresses sont commises, sous-tendues par l'angoisse du médecin et nous renvoient à ce que Freud notait dans La question de l'analyse profane sur le pouvoir attribué à la parole . Certains passages à l'acte illustrent ce fait et surviennent le plus souvent quand les interventions restent cloisonnées et qu'il n'y a pas ou peu d'échanges entre le médecin et l'analyste. Il est remarquable d'observer qu'une collaboration entre médecin et analyste suffit souvent à donner au patient les moyens d'élaborer ce qui lui arrive et au médecin l’assurance dont il a besoin pour travailler.

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