lundi 23 novembre 2009

La psychanalyse à l'hôpital

Quel est aujourd'hui l'apport de la psychanalyse quand on travaille comme psychologue dans un service d'oncologie ? Quel est l'effet de la parole dans un milieu où la rentabilité est devenue plus importante que "le prendre soin" ? Comment encourager la collaboration entre médecins et psychologues alors que la tendance actuelle de la gestion des soins et son assujettissement à la logique de profit leur rappelle sans cesse qu’il faut effectuer des actes efficaces qui se prêtent à l’évaluation ? Cela donne aux médecins les plus réticents voir les plus résistants à notre approche de bonnes raisons de nous rétorquer qu'ils n'ont pas de temps à nous consacrer vu la charge qui repose sur eux. On voudrait leur dire "raison de plus", mais il est vrai qu'aucune efficacité médicale immédiate peut être liée à cette éventuelle collaboration. Or notre travail à l'hôpital ne peut être "efficace" que s’il est reconnu par les médecins. Ce n’est qu’à cette condition qu’un travail d’élaboration est possible et pourra entraîner une mise à distance de ce que la maladie grave a d’effroyable tant pour le malade que pour sa famille mais aussi pour les soignants et les médecins qui annoncent et traitent la maladie parfois pendant plusieurs années. Malgré l'instauration du "dispositif d'annonce", visant à assurer à la fois "une bonne administration du soin" et son "humanisation" bien des maladresses sont commises, sous-tendues par l'angoisse du médecin et nous renvoient à ce que Freud notait dans La question de l'analyse profane sur le pouvoir attribué à la parole. Certains passages à l'acte illustrent ce fait et surviennent le plus souvent quand les interventions restent cloisonnées et qu'il n'y a pas ou peu d'échanges entre le médecin et le psychologue. Il est remarquable d'observer que leur collaboration suffit souvent à donner au patient les moyens d'élaborer ce qui lui arrive et au médecin l’assurance dont il a besoin pour travailler. La psychanalyse propose en effet des outils pour penser l'impensable par la médecine et les sciences, mais aussi par le malade. Adopter une posture d’écoute du côté de la psychanalyse quand on travaille comme psychologue à l’hôpital, c'est considérer avant tout l’être humain comme un sujet de parole et de désir et non pas seulement comme "le lieu de la maladie" ou encore comme un "bénéficiaire de soins protocolisés". Par le biais des associations, d’évocations d’expériences diverses et notamment des expériences de perte, la parole peut produire un autre positionnement symbolique face au réel de la mort. Ainsi peut-elle aider le sujet, qu’il soit malade, proche ou soignant à symboliser ce qui est irreprésentable pour lui. Alors, peut-on se demander avec Roland Gori, "qu’est-ce qu’une poignée de paroles recueillies tout autant que créées par une écoute intranquille en ces temps où le réalisme, le pragmatisme avilissent le vrai au bénéfice de l’utile ? Presque rien" mais un "presque rien" qui change tout.

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